11 novembre, 2016

Apparitions !


C'est aujourd'hui le onze novembre et comme toujours depuis dix ans que je tiens ce blog, voici un petit article pour commémorer ce jour. Aujourd'hui parlons de grandes mystiques.

Il se trouve que cet été, comme je traînais un peu dans l'est de la France, dans ce qu'on appelle la diagonale du vide, cette bande de territoire où il n'y a rien ou presque et où il n'y aura bientôt plus rien du tout, je me suis dit que quitte à être dans le trou du cul du monde, autant en profiter pour voir les curiosités locales. Aussitôt dit, aussitôt fait et je décide donc de faire un détour par Domremy-la-Pucelle, localité qui vit naitre Jeanne d'Arc un 6 janvier 1412.

Déjà, il s'agit de trouver l'endroit paumé au milieu de nulle-part et on ne peut pas dire que le département des Vosges ait beaucoup insisté pour l'indiquer ! On pourrait passer juste à côté sans qu'un panneau ne l'annonce. A croire que la région est bourrée de monuments et croule sous le tourisme.

Le contact avec Domremy-la-Pucelle est un peu rugueux. Il est 13h45 et lorsque j'entre dans l'unique restaurant de la ville pour demander si ils servent encore, j'essuie un "non" mal-aimable. Enfin, c'est peut-être une manière de communiquer des gens du cru. A moins que ce restaurant ne fasse un tel chiffre d'affaires qu'il puisse se permettre d'envoyer "chier" les clients. C'est vrai qu'en province, se pointer à 13h45 pour déjeuner, c'est assez fou. Quoiqu'il en soit, nous ne déjeunerons pas et partirons faire la visite de la maison de la Pucelle.

Il y a quelques dizaines de voitures sur le parking. Ce n'est pas l'affluence du château de Versailles. On sent que l'on ne va pas se marcher dessus. Tout d'abord, visite de l'église où fut baptisée Jeanne qui est restée la même si ce n'est qu'ils ont inversé l'entrée ! J'en profite pour mettre un cierge à la Pucelle en lui demandant d'intercéder auprès de Dieu pour qu'il nous débarrasse des socialistes. Ça ne peut pas faire de mal !

Ensuite, nous nous dirigeons vers la maison de Jeanne, celle où elle vécut vraiment et qui n'a pas bougé depuis le XVième siècle. Tout est en l'état et comme c'est très petit, cela se visite vite ; les alentours sont bien tenus avec la présence d'un petit jardin médiéval où poussent des simples. On se dirige ensuite vers le musée proprement dit qui est un bâtiment moderne dans lequel est restitué la vie de Jeanne à son époque au milieu de la guerre de cent ans. C'est le moment de se remémorer tous ces noms jadis appris et à peu près oubliés. 

Notons qu'une petite cinéscénie permet de restituer tout cela avec des personnages en costume et une voix off qui nous raconte les débuts de la fameuse guerre de cent ans. Dans un coin, figure même un turc dont on apprendra qu'il ne jouera aucun rôle puisque l'empire ottoman n'a effectivement aucun lien avec la guerre de cent ans. C'est sans doute la résultante du vivre-ensemble qui fasse que dans un endroit où il n'a rien à faire, on trouve tout de même un turc. En revanche les tribus amazoniennes ont été clairement stigmatisées puisque aucun Bororo ou Kalapalo n'est présent ! Sur le moment j'ai envisagé dès mon retour de monter un collectif afin de lutter contre cette odieuse discrimination !

Notons aussi que si on restitue l'histoire de Jeanne, aucune mention n'ait faite de sa canonisation. Ici, en terres muséographiques, on ne retient que le personnage historique mais on combat clairement le goupillon. On souscrit à une très rigide laïcité qui fait que Jeanne d'Arc nait, vit et meurt à Rouen en 1431. Ce qui se passe après, on s'en fout, ça n'existe pas. La béatification de 1909, la canonisation de 1920 et le culte fervent dont elle fut l'objet ne sont pas enseignés. Fin de la visite.

De retour sur Paris, lorsque mes rendez vous ont repris et qu'on a parlé de vacances avec mes patients, j'ai dit que je m'étais rendu sur le lieu de naissance de Jeanne d'Arc. J'ai été très étonné que la plupart ne sachent pas où elle était née. Pour moi, né en 1967, Jeanne d'Arc était née à Domremy en Lorraine. Certes j'aurais été infichu de le trouver sur une carte pas plus que de savoir dans quel département était situé le village. Mais Domremy m'était familier. 

J'ai même pu constater qu'il y avait un clivage entre les gens nés avant 1977 et les autres. Tandis que les premiers connaissaient l'endroit, les second n'en connaissait pas le nom. Comme me l'a expliqué une jeune patiente, ayant pourtant deux ans d'avance et actuellement en cinquième année à l'IEP de Paris, c'est une question de génération. Elle n'avait pas tort. Ce que j'ai appris ne différait sans doute pas vraiment de ce qu'ont appris les dix générations qui m'ont précédé. Puis, les réformes et le pédagogisme à haute dose sont arrivés et l'histoire a été enseignée différemment. Quant à moi, j'en suis un peu resté au Tour de la France par deux enfants. Ça commence à dater ! J'ai connu le tableau noir et les craies et ma première institutrice était née en 1906.

Jeanne d'Arc deviendra le symbole de l'unité nationale durant les deux guerres. Et bien qu'elle fut canonisée, on en fit une sorte d’héroïne laïque, la figure d'une France qui ne se résout pas à abandonner quand tout semble fini.

C'est sans doute l'exemple de Jeanne d'Arc qui incita Claire Ferchaud lors de la première guerre mondiale à l'imiter. Cette religieuse, native de Loublande en Vendée, entrée en religion sous le nom de sœur Claire de Jésus Crucifié, fut une mystique dévote du Sacré-cœur de Jésus qui pendant le premier conflit mondial prétendit s'être fait confier une mission par le Christ.

A la fin de l'année 1916, en pleine bataille de Verdun, elle explique qu'elle aurait eu une vision de Jésus lui montrant son cœur « lacéré par les péchés de l’humanité » et traversé par une plaie profonde encore  : l’athéisme.

S'estimant investie d'une mission surnaturelle, elle souhaite contacter Raymond Poincaré en lui proposant, entre autre, de faire apposer l'image du Sacré cœur sur le drapeau français. Grâce à l'intervention d'un député royaliste, elle le rencontre mais ce dernier lui explique qu'il ne peut à lui seul changer la loi. Il lui promet d'en parler à la chambre des députés, ce qu'il ne fit, bien sur, jamais.

Loin de se lasser, l'année suivante elle adresse une lettre d'avertissement à plusieurs généraux d'armée en leur demandant que l'image du sacré cœur figure sur nos couleurs. On sait aujourd'hui que seul le Général Foch a consacré les forces armées françaises et alliées au Sacré-cœur l'année suivante au cours d'une cérémonie privée. 

L'église étudia les crises mystiques de Claire Ferchaud mais le 12 mars 1920, un décret du Saint-Office désavouait ses dires en estimant que les « faits de Loublande » ne pouvaient être approuvés ». Sans doute que très fragilisée par la crise de 1905, l’Église ne souhaitait plus donner de crédit à des faits surnaturels s’immisçant dans le politique. Claire Ferchaud s'est éteinte en 1972.

Aujourd'hui, Claire Ferchaud est presque totalement oubliée même si son souvenir survit néanmoins dans les milieux traditionalistes et monarchistes.

si un jour, je vais traîner mes guêtres en Vendée, je passerai par Loublande. Après être allé voir Jeanne, pas de raison d'ignorer Claire. Dès fois qu'elle ait vraiment vu quelque chose.

Pas envie d'être damné moi !

07 novembre, 2016

Dix ans déjà !


Vous l'aurez noté, j'écris peu depuis quelques temps. J'ai beaucoup de travail et d'occupations qui ne me laissent pas le temps de venir sur ce blog ce que je regrette. J'ai aussi peut-être moins d'inspiration et il en faut pour écrire des articles. Le temps je le retrouverai et l'inspiration aussi, je n'ai pas d'inquiétude. J'ai noté qu'il suffisait que je m'installe à mon bureau, que j'ouvre mon i-Mac pour qu'elle revienne. Je crois en effet que c'est en forgeant qu’on devient forgeron. Si l'on se tient loin de l'ouvrage, rien n'avancera.

A dire vrai mon éloignement n'a rien à voir avec le manque de temps ou d'inspiration. Du temps, j'en ai à revendre puisque j'ai organisé ma vie afin de pouvoir disposer de cette ressource dont tout le monde manque : le temps ! Pour en faire quoi ? La plupart du temps rien, d'autres fois, des choses. Quand je ne fais rien, je ne fais pas rien d'ailleurs, je lis, je collecte des centaines d'informations inutiles que je stocke dans ma mémoire. 

Je me laisse alors voguer au gré de mes lubies pouvant aller d'un centre d'intérêt à un autre. Comme je l'ai souvent écrit et je crois être "l'inventeur de ce néologisme", je suis lubique. C'est d'ailleurs sans doute ce que j'aurais détesté à travers l'école puis les études supérieurs, cette obligation d'engranger des connaissances utiles au mépris des chemins de traverses que j'adore emprunter. 

Je suis toujours stupéfait en voyant les gens aussi affairés autour de moi, toujours occupé à faire quelque chose qui leur semble important, n'ayant de temps pour rien d'autre et surtout jamais pour se laisser vivre. Moi j'ai organisé ma vie autour de mon activité professionnelle et de ma glandouille, cinquante/cinquante. Je concentre tous mes rendez-vous sur trois jour et demie, et le reste, je ne fais rien de précis, si ce n'est quelques menues obligations que je me dois d'accomplir. Et encore sont elles mineures dans la mesure ou je suis parvenu à n'avoir que des liens très très ténus avec la vie telle que l'envisage mes concitoyens. 

Mon éloignement de ce blog, je crois que je le dois à ce fabuleux outil qu'est mon i-Pad air. C'est petit, léger, et doté d'une très bonne autonomie et cela me permet de lire sans quitter mon canapé. De ce fait, j'approche beaucoup moins de mon i-Mac et de ce fait de mon blog ! Je pourrais bien sur écrire de mon i-Pad mais quiconque a déjà tenté de taper un long texte sur un clavier virtuel sait que c'est impossible. Quand je vois mon épouse répondre à ses mails de son i-Phone, je suis admiratif, moi je ne pourrais pas. Je me borne à envoyer de brefs SMS, c'est vraiment tout ce que mes gros doigts gourds me permettent !

Pourtant ce blog, je l'aime beaucoup, il m'aura apporté beaucoup de bonheur et surtout beaucoup de belles rencontres. Si j'en parle ainsi aujourd'hui, c'est que cela fait dix ans déjà que je l'ai ouvert. Au départ, j'envisageais juste d'écrire des articles pour montrer que la réalité de nos cabinets, n'était pas celle que l'on décrit dans les romans ou les séries télévisées. J'en avais marre de l'image du psy froid, à la limite du sadisme et dénué d'empathie, pratiquant la reformulation rogerienne face à un patient dénué de toute pathologie que l'on nous présente sans cesse. J'avais envie de montrer une autre réalité, du moins celle qui est la mienne. Puis, de fil en aiguille, et parce que mes capacités de concentration sont limitées, je ne suis pas parvenu à suivre parfaitement la ligne éditoriale que je m'étais fixée et mes articles ont tapé dans tous les sens. Je gage que bon nombre de mes confrères me lisant ont du s'interroger sur ma santé mentale.

Elle va bien rassurez vous, ma santé mentale. Si je me suis laissé aller à écrire sur tout et n'importe quoi, c'est j'ai toujours été partisan de la dédramatisation. Quand je me suis installé voici bien des années, un vieux psychiatre m'avait mis en garde en m'expliquant que nous étions nombreux sur Paris. Je lui avais alors rétorqué qu'il avait sans doute raison et qu'il m'appartenait de faire valoir un savoir-faire différenciateur. Ce savoir-faire différenciateur tenait pour moi en deux choses : d'une part le fait que j'aie eu une vie avant qui me permette de comprendre ce que l'on me raconte sans pour autant psychologiser et enfin ma capacité à dédramatiser, sachant que de toute manière on finira tous par mourir et que ce serait idiot de mourir malheureux. 


En dix ans j'aurais donc écrit des centaines d'articles sans doute très très inégaux sachant que mon objectif était en premier lieu de me faire plaisir et enfin d'être utile si d'aventure quelqu'un me lisait. Au départ, je ne pensais pas qu'on me lirait, ou alors par erreur, au gr d'une requête Google qui aurait égaré quelqu'un par hasard chez moi. A aucun moment, je n'avais envisagé que ce blog puisse me permettre d'avoir accès à une patientèle. Vous aurez noté qu'il est anonyme même s'il est possible par je ne sais plus quel tour de passe-passe d'obtenir mes coordonnées. Je l'ai ouvert pour moi, pour me faire plaisir, parce que j'aime écrire même si je ne mets aucune prétention dans cette activité. Donnez moi un carnet et un stylo et je suis heureux alors imaginez mon bonheur avec un ordinateur !

Dix ans se sont passés que je n'ai pas vus disparaitre. J'avais trente-neuf ans et j'en ai aujourd'hui quarante-neuf. Le monde va de plus en plus mal. Rien n'a évolué dans le bon sens en dix ans mais pour ma part, je surnage, je m'accroche et tout ne va pas si mal. Je reste stoïque et confiant pratiquant depuis longtemps un pessimisme optimiste de bon aloi : ça va mal finir mais après ça ira mieux.

Et bien que je ne l'ai pas cherché ce blog est aujourd'hui à l'origine de la moitié de ma clientèle. Il y a dorénavant les patients envoyés par les médecins pour qui j'ai évidemment le plus profond respect et ceux du blog qui restent pour moi particulier et pour qui j'aurais toujours plus de tendresse. Il faut dire que ce blog m'aura permis de connaitre des individus hors du commun que je pense, bien peu de confrères voient dans leurs cabinets.

En premier lieu j'ai été étonné d'être lu par autant d'ingénieurs. Pourtant, c'est de loin la catégorie socio-professionnelle la plus importante à être venue via ce blog. J'en ai tellement qu'aujourd'hui, je pourrais ouvrir une SSII ou un cabinet de conseil. Bien sur, mes ingénieurs à moi restent très très atypiques, cela va de l'ingénieur des Mines se passionnant pour les langues tokhariennes jusqu'au polytechnicien glandeur en passant par le centralien féru d'astrologie. J'ai une clientèle d'ingénieurs allumés assez improbable. Bien entendu, le terme "allumé" n'a rien de péjoratif bien au contraire ! Tous sont assez talentueux pour que leurs activité professionnelle ne représente qu'un faible pourentage de leur puissance de calcul, ce qui leur permet de se passionner pour des sujets parfois très ésotériques. C'est un vrai régal puisque cela me permet aussi de partager mes centres d'intérêt parfois étranges.

Ensuite, j'ai aussi eu beaucoup de médecins. Une fois encore, j'aurais pu monter un hôpital privé ! Du simple généraliste jusqu'aux spécialistes en passant par des chirurgiens, j'ai tout eu même parfois des spécialités peu communes comme une hématopédiatre ou une anatomopathologiste. Parfois, sachant qu'ils aiment à se tirer la bourre entre eux, chacun d'eux étant forcément le produit du concours très difficile de l'internat, le résultat d'une lutte à mort, je m'amuse à les opposer les uns aux autres. Le meilleur client à ce jeu là étant bien sur Le Touffier, chirurgien obstétricien de son état, à qui j'adore dire que j'ai dans ma clientèle un cardiologue qui pense le contraire de ce qu'il vient de me dire. Là, il bondit et ne cesse de me dire que les cardiologues sont des ù$@# et pire encore des &"'§# dont la pensée ne doit jamais être prise en compte. C'est toujours drôle de le voir bondir ainsi. 

Enfin, j'ai aussi eu des professions plus confidentielles comme des policiers, des pompiers, des gendarmes, des militaires et même un petit gars de la Royale. Savoir que je suis lu dans ces cercles aussi étonnants que l'infanterie de marine, une frégate, une caserne de pompiers, une gendarmerie, un commissariat ou la DGSI m'amusera toujours. On se met derrière un écran, on tape et on ne sait jamais où finiront nos mots.

Une patiente récente, envoyée par quelqu'un venu précédemment du blog, m'a récemment dit que j'avais une clientèle étonnante et d'un niveau  très très élevé. Je lui ai dit que c'était du à mon blog et que moi-même je ne me l'expliquais pas toujours. J'écris, je m'amuse la plupart du temps même si parfois je sais être grave et je ne maitrise pas le résultat. Sans doute que mon approche pragmatique de ma pratique alliée à mes idées politiques anarcho-droitières ont du séduire des personnes qui habituellement se méfient de ma profession. Effectivement, aller mieux n'est pas très compliqué. Pour d'autres encore, il a sans doute du exister suffisamment de similitudes entre eux et moi pour que cela les rassure. Oui, on peut sembler étrange à beaucoup de gens, avoir des lubies, des idées baroques sur le monde et n'en pas moins être totalement structuré et opérationnel.

Ces dix ans sont évidemment l'occasion de remercier tous ceux qui m'ont fait confiance en venant me consulter en espérant que je n'aurai pas démérité. Je ne le crois pas. Sincèrement, je pense avoir toujours rempli mon obligation de moyens, ne ménageant ni mon temps ni ma peine pour aider du mieux que je peux ceux qui m'ont fait l'honneur de me consulter.  

Bien sur, sur le nombre, j'ai un ou deux regrets, une ou deux personnes pour qui je me dis que j'aurais sans doute pu mieux faire. Mais que voulez-vous, je ne suis pas à l'abri d'erreurs. Erreurs que je m'empresserai de réparer si d'aventure ces quelques personnes prenaient de nouveau rendez-vous.

Dix ans viennent de passer et je m'en souhaite dix autres, aussi calmes et agréables que celles qui viennent de s'écouler. Je resterai fidèle à mon blog et quitterai ma tablette afin d'écrire plus souvent. 

Dans tous les cas, chers lecteurs, je vous remercie tous de votre fidélité et espère que vous m'accompagnerez pour ces dix prochaines années.

30 juillet, 2016

Jésus suite et fin !


Ce fut presque ma dernière séance de juillet. En tout cas, ce fut la plus tardive. Cela faisait quelques semaines que je travaillais Jésus au corps. La possession d'accord, s'il voulait. Pourquoi pas ? Face à l’inconnu, une explication en vaut bien une autre.

De mon côté, j'avais évacué les explications rop rapides du type schizophrénie et troubles bipolaires. Pour cela, je m'étais même engueulé avec des médecins pour qui je prenais des risques insensés en gardant Jésus dans ma clientèle alors que sa place eut été dans un établissement spécialisé à faire de la peinture sur soie, en bavochant, bourré de neuroleptiques.

Comme je ne suis pas tout à fait demeuré, j'avais fait évaluer mes conclusions par deux vieux psychiatres qui m'avaient tous les deux confirmés que Jésus n'était ni schizophrène ni bipolaire. Quant à savoir ce qu'il avait, ils restaient perplexes. Les deux étant croyants, ils n'évacuaient pas un problème spirituel même s'ils restaient réservés quant à l'explication de possession. Non qu'ils n'y crussent pas mais simplement que leur formation ait constitué un rempart trop important pour que le surnaturel s'y invite vraiment.

J'avais aussi fait examiner Jésus par tout ce que je connaissais de médecins compétents et ouverts d'esprit et notamment par deux neurologues ouverts d'esprit. Si le premier, sommité mondiale dans son domaine, me renvoya Jésus en me disant qu'il n'avait rien lié à son domaine d'expertise, le second m'expliqua la même chose tout en me demandant s'il n'y aurait pas de l’hystérie dans ce comportement étrange. Le mot était lâché, l'hystérie, cette explication bien facile qui permet de regrouper ce qui échappe tant aux examens biologiques qu'à la raison raisonnante. 

Pourtant, connaissant bien ce neurologue, un type intelligent et fin, je sais qu'il n'employait pas ce terme comme tous ceux qui s'abstiennent du moindre travail pour rendre le patient responsable de son état mais pour mettre un mot sur un comportement qui lui semblait totalement psychogène. Jésus produisait donc lui-même ce foisonnement de symptômes. Et pour le coup, j'étais bien d'accord avec le Dr P. ! Cela confirmait que le cas Jésus n'entrait pas dans le cadre des pathologies graves qu'on avait voulu lui reconnaitre. Jésus était malade mais pas au sens psychiatrique. Jésus me semblait malade de lui-même.

Naviguant sans cesse du spirituel au psychologique, bien que j'aie souvent expliqué à Jésus que je n'étais pas prêtre, je tentai alors de faire une synthèse de tout cela. Oui, Jésus était possédé mais par une idée fixe et quasi délirante et obsessionnelle. Pour ma part, cet appel incessant envers dieu qui aurait du le sauver fleurait bon la culpabilité. Ce n'était pas faute d'avoir échafaudé des scénarios de tout ce qui aurait pu le mettre dans cet état. Mais si Jésus m'écoutait, il n'en démordait pas, il était possédé, point barre. Ce qui lui arrivait était du fait du malin et non psychogène. Sa guérison serait miraculeuse ou pas.

Il fallait donc que je parle le langage de Jésus. Le langage psychopathologique, trop froid et méthodique, lui glissait dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard. Seules des explications un peu "magiques" étaient acceptées et débattues. Dieu m'inspira-t-il ? Je n'en sais rien, toujours est-il qu'un jour, alors que j'étais un peu excédé d'être si proche de la vérité sans pour autant réussir, je lui expliquai qu'il possédait en lui des capacités d'auto-exorcisme. Mon point de vue l'intéressa.

J’échafaudai l’hypothèse selon laquelle les exorcistes successifs dont il avait bénéficié étaient comme des charges rapides d'une batterie mais que si jamais il ne tournait la clé de contact, le moteur ne redémarrerait jamais. Ce n'est sans doute pas exactement ce que je lui ai dit mais c'est la manière la plus simple d'expliquer l'idée qui m'était venue. En tout cas, j'avais parlé à plusieurs reprises d'auto-exorcisme un peu comme si, enseignant le piano, j'avais expliqué à un élève que si entre les cours, il n'approchait jamais d'un clavier, les progrès n'arriveraient jamais. Et ma foi, si son état n'était guère amélioré, ses idées un peu délirantes diminuaient. Jésus est un garçon obstiné et têtu mais je crois l'être deux fois plus que lui. Si j'ai raison, je n'aime pas qu'on me résiste. Et puis je suis payé pour réussir même si je n’oublie pas que je n'ai qu'une obligation de moyens.

Et puis vint ce jour de la fin juillet. Je venais de rentrer chez moi. Il était aux alentours de 22h45. Je venais de m'asseoir dans mon canapé après avoir salué mon épouse. J'allais diner. Je reçois alors un SMS de Jésus qui m'explique que les choses bougent dans sa tête. Il me dit qu'il peut être là dans vingt minutes à mon cabinet. Je lui réponds que je n'y suis plus. Je lui dis de me laisser un quart d'heure, le temps de manger un truc, de boire un café et de fumer une cigarette et qu'ensuite on se rejoint sur Skype.

Mon épouse est un peu agacée ce soir là. Elle me dit que je rentre toujours tard et qu'en plus il faut que je fasse une séance à pas d'heure. Je lui explique que là, il s'agit de Jésus, qu'il vient de perdre les eaux et que l'accouchement est imminent. Que penserait-elle du Touffier si alors qu'une de ses patientes est sur le point d'accoucher, il restait dans sa chambre de garde à regarder une série débile ou des bastons de filles sur Youtube ? Elle a obtempéré face à de tels arguments.

J'ai donc grigoné un truc, bu un café froid en fumant une clope et je suis monté à mon bureau. Jésus n'a jamais réussi à démarrer Skype, alors on s'est parlé au téléphone. Et là, tel un abcès mur qui ne demanderait qu'à se percer pour libérer de tout son pus, il m'a parlé, parlé, parlé et encore parlé. Il m'a parlé de sa vie entière, de son enfance à maintenant, il a relié tous les évènements qu'il avait connus, expliqué le pourquoi du comment de ses errements, il a tout dit.

Moi d'habitude si bavard, je n'ai rien dit, j'ai écouté religieusement. De temps à autre, je pressais un peu l'abcès pour que le pus s'écoule. Il a tout balancé, tout ce que j'avais imaginé et même d'autres choses qu'il n'avait jamais dites. D'ailleurs, je ne sais pas vraiment ce qu'il a dit. Je ne m'en souviens plus vraiment. C'était une avalanche de mots et d'émotions. Je savais juste que c'était la fin de son calvaire, le reste m'importait peu. Ça tournait autour de l'idée de culpabilité et c'est tout ce qui m'intéressait. 

Puis, après s'être ainsi vidé, vidangé, après qu'il eut enfin accouché de ses idées morbides, sa voix s'est apaisée. On a rigolé histoire de descendre un peu sur terre. J'ai su que tout était fini et bien fini et lui aussi. Comme je connais bien sa mère et qu'elle était bien plus qu'inquiète depuis plus d'un an, je lui ai demandé la permission de lui envoyer un SMS pour la rassurer. Ce qu'il m'a bien sur autorisé. Il m'a d'ailleurs dit qu'il irait la rejoindre en vacances dans deux jours pour se reposer. On a raccroché après deux heures passées au téléphone.

J'ai envoyé un SMS à sa mère dans lequel je lui ai dit que suite à une longue séance qui venait de s'achever, son fils était de retour dans le monde des vivants et qu'il serait avec elle dans quarante-huit heures. Le surlendemain, j'ai fermé le cabinet sans avoir revu Jésus.

Durant le mois d’aout j'ai demandé succinctement de ses nouvelles à sa mère pour voir si cela se maintenait. Elle m'a rassuré en me disait qu'il allait bien, qu'elle l'avait retrouvé. De retour au cabinet, j'ai trouvé un petit mot de sa part me remerciant de lui avoir évité l'internement. C'était vraiment gentil et j'ai été touché.

S'agit-il d'un phénomène d'auto-persuasion ? Sans doute que oui, en partie. S'agit-il de possession, sans doute que oui aussi en partie. Du moins si l'on veut bien admettre qu'à la lisière de notre conscience sont tapies des bien vilaines idées qui peuvent nous envahir et nous faire perdre notre libre arbitre. Le diable peut prendre bien des formes. En tout cas ce n'était pas de la folie. C'était un de ces cas étranges où le spirituel et le psychologiques s'intriquent l'un et l'autre pour faire perdre pied. 

Ce n'est évidemment que mon avis, libres à ceux qui auront vu Jésus su auront lu son histoire sur son blog de se faire son idée. Pour ma part, je savais ce que cela n'était pas, à savoir de la bonne grosse pathologie psychiatrique. Pour le reste, j'ai un peu navigué à vue, angoissant à certaines moments, étant rassuré à d'autres. J'intuitais vaguement une telle issue me contentant au fil du temps de le relier au monde des vivants. 

Suis je le seul qui  aurait pu le sortir de là ? Bien sur sur que non, je n'aurais pas cet orgueil ! Étions nous nombreux à pouvoir l'aider ? Sans doute que non dans la mesure où il fallait être plus malin que savant et avoir une foi de charbonnier bien plus qu'une véritable érudition religieuse. Pour ma part, j'ai fait mon boulot. J'ai bataillé ferme, je n'ai jamais dételé et c'est ce qui me plait. L'idée d'avoir tenu tête à un chef d'un service de psychiatrie et de lui avoir fait rendre gorge n'est pas désagréable non plus. Mais ça c'est de la gloriole imbécile, de l'orgueil de petit mâle crétin. Que voulez-vous, je suis en partie esclave de ma biologie et donc de ma testostérone. Nous les mâles, on a des conflits de territoires.

Il restera toujours des zones d'ombre. Par exemple, un jour qu'il grognait dans mon cabinet, au point que je n'étais vraiment pas rassuré, je l'avais filmé pour conserver la preuve de ce que je vivais. Ce jour là, une heure après, la batterie de mon téléphone, un Androïd que j'avais acheté pour remplacer un Iphone a rendu l'âme. Que s'est-il passé ? Rein d'autre qu'une batterie défectueuse diront les être pragmatiques et j'en fais partie. Peut-être autre chose penseront les individus prompts à voir des signes dans de tels évènements. 

Jésus va bien, c'est l'important. Le reste est de la littérature. Le dossier Jésus est bouclé.

29 juillet, 2016

Vacances, j'oublie tout ...


Vacances j'oublie tout
Plus rien à faire du tout
J'm'envoie en l'air ça c'est super
Folie légère
Vacances j'oublie tout
Plus rien à faire du tout
J'm'envoie en l'air ça c'est super
Folie légère
C'est fou!



Voilà, c'est fait ! Afin de monter que même sur ce blog on peut citer les grands auteurs contemporains, j'ai mis le refrain de la chanson Vacances j'oublie tout du groupe Elegance. Ça date de 1982 et les arrangements sont de François Feldman, oui celui-là même qui vous aura fait danser sur ses Valses de Vienne ! Que du lourd comme vous le voyez. J'aime à exhumer les gloires défuntes pour vous prouver, puisque chaque année mon lectorat rajeunit d'un an, que lorsque j'avais quinze ans on avait aussi de la bonne musique sans avoir besoin de se mettre un casque sur la tête comme les Daft Punk.

Manque de pot, même si je suis content d'être en vacances, moi qui n'ai pas de RTT, je n'en oublie pas tout pour autant et notamment ma chère clientèle reste bien présente à mon esprit. Oh bien sur, l'écrasante majorité de mes patients sont eux aussi bien contents d'être en vacances. A eux, les destinations lointaines ou la maison de famille, loin de l'agitation parisienne et du bureau. Mais quid des autres ?

Quels autres me direz vous ? Mais les laissés pour compte, les célibataires, les esseulés en tous genres. Parce qu'il y en a et même un paquet. Voici peu, ceux qui me lisent savent que ma patiente la plus âgée est décédée seule à l'aube de ses soixante-dix ans. Comme elle habitait non loin de mon cabinet, je l'avais croisée le jeudi soir. On avait papoté en fumant une cigarette ensemble. Puis, le dimanche, c'est son fils qui m'apprenait qu'elle avait été victime d'un AVC et qu'elle était restée sans doute quarante-huit heures allongée par terre avant qu''il ne la retrouve le dimanche en fin de journée.

Du temps où elle me consultait, je me souviens que la dernière séance de juillet était pour elle un déchirement. Comme c'était mas dernière patiente, mon rendez-vous de vingt-et-et-une heure, que je faisais à son domicile compte tenu de ses difficultés à marcher, je la faisais durer, n'étant pas très à cheval sur les horaires. Puis je partais, le cabinet bouclé en me disant que je reverrai tout cela au début du mois de septembre. 

Pour moi, c'était la promesse de virées en cabriolet sur quelque départementale de notre beau pays. Pour elle, c'était un gouffre qui s'ouvrait : la promesse de quatre semaines d'absolue solitude, même pas rythmées par nos séances hebdomadaires ni par les quelques clopes que nous fumions quand je la croisais.

Elle partageait d'ailleurs cette angoisse avec moi, angoisse contre laquelle je ne pouvais rien du tout. Elle avait mené sa vie de telle manière qu'elle se retrouvait totalement seule. D'ailleurs, je ne suis pas sur qu'elle fut responsable de tout cela. Sa vie, sa solitude, c'était le lot quotidien de beaucoup de personnes, même dans une grande ville comme Paris. Pour tempérer un peu sa souffrance, j'avais mis au point un stratagème en lui octroyant la visite d'une personne de l'association des Petits frères des pauvres. Comble de l'ironie, elle dont le patrimoine immobilier devait se chiffrer en centaines de milliers d'euros, voire en millions compte-tenu des prix délirants de l'immobilier parisien, en était réduite à recevoir quelqu'un mandaté par les Petits frères des pauvres pour ne pas rester un mois sans parler à quiconque. Bah oui, c'est bien d'avoir de l'argent mais cela ne fait pas toujours le bonheur.

La solitude, on en parle sporadiquement dans les journaux, puis on l'oublie. C'est pourtant un fléau qui touche de plus en plus de personnes, hommes ou femmes, riches ou pauvres, vieux ou jeunes. A titre d'exemple, on cite toujours le cas de Joyce Vincent, cette jeune londonienne de retrouvée trois ans après son décès dans son appartement, la télé toujours allumée. Sur le Net, ces histoires sont légion. Plus près de nous, des gens de prime abord, épanouies, souffrent du même mot.


Cette année c'était par exemple le cas d'une de mes patientes, brillante cadre-sup, mais restée célibataire pour qui le mois d'août s'annonçait comme une épreuve difficilement supportable. Je me souviens de notre dernière séance du mois de juillet durant laquelle, elle habituellement si calme, s'était montrée très agressive comme si elle m'en voulait de l'abandonner. Alors que je lui parlais de partir en vacances, elle m'avait répondu sèchement que rien n'était fait pour les célibataires et qu'elle ne se voyait pas errer comme une âme en peine. 

C'était tout à fait le genre de cas insoluble, impossible à traiter, ces situations dramatiques dont on connait les causes mais qu'on ne peut pas traiter. Je me suis un peu retrouvé dans la peau d'un oncologue face à un cas de cancer phase IV sans même avoir la possibilité de vanter une énième chimiothérapie révolutionnaire. La seule chose que j'aie pu dire, c'est qu'en restant chez elle, rien ne bougerait tandis que si elle partait en vacances, elle augmentait la probabilité de faire une rencontre.

Autre cas, celui d'une trentenaire, ingénieur de formation, pour qui le mois d’août rimerait avec solitude. Venue de province, elle se rassurait avec humour en se disant qu'après tout Paris au mois d'août  restait une destination prisée par des millions de touristes étrangers. Quand j'avais émis le fait qu'elle puisse aller quelques temps voir ses parents en province, elle m'avait répondu qu'elle n'irait que le temps d'un weekend pour ne pas endurer leurs reproches muets ou pire leur commisération silencieuse.

Pour les célibataires, voeufs(ves), provinciaux esseulés, Paris n'est pas toujours un paradis. Bien sur, mon propos n'est pas de faire pleurer dans les chaumières mais chaque année je constate que le mois d'aout est pour certains un long tunnel dont ils ne sortiront que début septembre. Sortir est toujours possible mais rencontrer ne l'est pas forcément. L'âge, le sexe ou l'argent sont des limites. Paris n'est pas la ville rêvée que l'on imagine quand on est seul. Créer un réseau de socialisation n'est pas aisé surtout si l'on n'est pas originaire de la région. Sitôt passé l'âge de trainer dans les bars, il existe certes de multiples activités que l'on peut faire mais où la possibilité d'une rencontre reste illusoire. Peu importe, il faut tenter.

Et comme je l'avais déjà dit lors d'un précédent article sur la solitude, face à ces cas, je ne peux pas grand chose. C'est pour cela que lorsque la fin du mois de juillet arrive, je ne ferme jamais la porte du cabinet sans une petite pensée pour ces laissés pour compte.

Que voulez vous, je suis un bon garçon empathique !

25 juillet, 2016

14 juillet !


Voilà, le quatorze juillet, je voulais rédiger un article dans lequel je me serais encore moqué de la révolution française. Allez donc savoir pourquoi je ne me sens que très très moyennement républicain. Je n'en sais rien moi-même. Toujours est-il que nostalgique par essence, je ne peux jamais m'empêcher de penser que c'était mieux avant. Et force est de constater au travers de pérégrinations à travers la France que l'Ancien régime nous a laissé de fort jolies choses. Si l'on excepte la période Art Déco s'étendant de 1925 à 1940, je ne trouve pas que la République soit aussi prodigue de monuments intéressants.

On m'objectera qu'à défaut de châteaux pour les nantis, la république aura laissé des établissements scolaires et autres complexes sportifs. J'objecterai à mon tour que les plus beaux lycées datent du premier empire. Quant aux installations sportives, je m'en contrefous étant donné que le dernier qui m'a vu faire du sport doit avoir aujourd'hui une longue barbe blanche. Peut-être même est-il mort le pauvre à force de m'avoir attendu dans un stade où jamais je ne vins.

D'ailleurs on s'en fout, mes convictions monarchistes sont avant tout esthétisantes autant que saturniennes. J'aime bien les gens mais je n'aime pas les règles de la multitude, j'adore les terrasse de bistrots mais je n'aime pas la vulgarité ni la foule, etc., je suis comme je suis. Ça fait très ado ou midinette d'écrire cela. Un peu comme ceux que l'on nomma jadis les Hussards et qui de leurs propres avis détestaient qu'on les classe ainsi, eux qui n'avaient de cesse que d'affirmer leurs singularités. Il y a du dandy en moi. 

Sans doute ai-je trop d'embonpoint pour porter les habits de Brummel, n'empêche que c'est ainsi. De toute manière, je préfère Barbey d'Aurévilly à Brummel. Je me surprends parfois à penser que j'aime tout et son contraire alors qu'au fond de moi, je reste persuadé que mes incohérences doivent être le fruit d'une singularité extraordinaire. Je suis un individu lambda qui parfois s'esbaudit de lui-même. C'est pour cela qu'on ne me fera jamais aimer la république et son cortège d'élus aux écharpes tricolores pas pus que tous ces ânes qui quotidiennement nous vendent les valeurs de la république ou pire encore le pacte républicain. Je n'aime pas penser comme tout le monde, c'est ma petite pointe d'hystérie pour relever le plat bien fade du gros capricorne prévisible que je suis.

D'ailleurs, rien que pour faire chier le monde, lorsque je fis une courte apparition dans la glorieuse administration, j'aimais demander comme jour de congé le vingt-et-un janvier, jour de la mort de Louis XVI sans évidemment jamais avouer que je le faisais exprès. Mon directeur me scrutait toujours d'un œil méfiant sans pour autant jamais avoir pu obtenir la preuve que je nourrissais à l'encontre de la gueuse un si terrible dédain.

Hier encore, je voulais faire un petit billet sur cette grotesque célébration du quatorze juillet, commémorant la prise d'une prison presque vide défendue par une poignée d’impotents. Je voulais rappeler que cette révolution dont on nous rebat les oreilles depuis des siècles s'est aussi signalée par des actes d'une cruauté inouïe qui laissait augurer ce que ferait le socialisme en marche dans les années suivantes. C'est ainsi qu'il exista des tanneries de peaux humaines. Jusqu'à une date récente le Musée des sciences de Nantes en exposait une. Pour la voir, il suffit de taper sur Google "révolution peau humaine tannée". Vous aurez alors moult blogs relatant ce sinistre épisode de notre histoire. Bien sur, vous aurez aussi un universitaire expliquant qu'il s'agit d'une rumeur, d'un "hoax" comme on dot aujourd'hui.

Qui croire ? Je m'en fous. Pour ma part, je n'ai qu'à m'approcher d'églises ou de cathédrales dont les masses furieuses ont fracassé la tête des statues à coups de masse pour me dire que je n'aurais jamais été de leur côté. Je respecte trop le travail d'autrui. De toute manière croire en un changement dû aux politiciens est une impasse. Je crois plus aux ingénieurs et aux chercheurs qu'aux élus pour améliorer ma vie. La science a fait reculer les superstitions ne laissant comme seul mystère que ce qui se passe, ou pas, selon les idées que l'on a, après notre mort. Le reste, en gros, savoir qui va me voler ou me pourrir la vie, d'un PS ou d'un LR, je vous avoue que je m'en tape un peu.

Hélas, trois fois hélas, je n'ai jamais publié ce billet car le lendemain, quinze juillet, c'était l'attentat de Nice. Ensuite ce furent les vacances, puis le beau temps revenant, je me suis adonné à des activités de plein air sans vraiment approcher de mon Mac.

Qu'aurait valu mon petit libelle contre l'horreur de ce soir là à Nice. C'eut été insultant de le publier. C'est ainsi que reprenant l'écriture de mes billets, j'adresse tardivement mes plus sincères condoléances aux proches des victimes et tous mes vœux de prompte guérison à tous les blessés. 

Le dernier feu d'artifice auquel on m'ait convié, c'était lors d'un mariage, celui du petit frère de mon ami Olive, celui qui est riche, qui a réussi et qui roule en Ferrari. Cela se passait dans un château et à minuit pile à peu près, tout le monde s'est resserré sur une grande terrasse pour y assister. Moi, j'en ai profité pour m'éclipser. Quand je suis revenu, il n'y avait plus rien. J'avais entendu le fracas des explosions mais je n'avais rien vu du feu d'artifice.

Mon ami Lionou, qui était aussi de la fête, me voyant revenir se précipita pour avoir mon avis sur ce fabuleux feu d'artifice, qui du sien (d'avis) avait été plus que magnifique. Je lui ai juste répondu que je n'avais rien vu parce que j'en avais profité pour aller chier un coup. Ce qui n'était que la stricte vérité et qui me valu un "toi il faut toujours que tu te distingues". Alors que de mon point de vue, c'était plutôt intelligent de ma part d'avoir choisi d'aller aux toilettes quand j'étais sur que personne n'irait afin de ne pas faire la queue. Que voulez-vous, les grands esprits resteront toujours incompris ! De toute manière, je trouvais assez incongru de louer le château du Comte de Machin-Chose pour finalement y célébrer la république. Quand on est cohérent, dans ce cas là, on loue une salle municipale, on va au fond de ses idées.

Je préviens donc les terroristes, monstres sans cœur, que pour m'avoir, il reste le RER, le métro et les terrasses de café que j'affectionne mais que jamais au grand jamais ils ne m'auront lors d'un feu d'artifice du quatorze juillet !

La révolution n'est pas un dîner de gala ; elle ne se fait pas comme une œuvre littéraire, un dessin ou une broderie ; elle ne peut s'accomplir avec autant d'élégance, de tranquillité et de délicatesse, ou avec autant de douceur, d'amabilité, de courtoisie, de retenue et de générosité d'âme. La révolution, c'est un soulèvement, un acte de violence par lequel une classe en renverse une autre.

Mao Tsé Toung, Le Petit Livre rouge, 1966

04 juillet, 2016

Histoire de coiffure et deuil capillaire !


Aujourd'hui, c'est une bien triste histoire que je vais vous conter. Moi qui écoute patiemment les autres, à qui puis-je me confier quand le sort s'acharne sur moi ? Je vous le demande !? Hein ? A vous anonymes lecteurs qui me faites l’honneur de venir ici me lire.

Alors plantons le décor. J'ai environ quatre ans et il est hors de question que ma mère me coupe encore les cheveux. Je suis un garçonnet qui mérite une vraie coupe dans un vrai salon de coiffure. Du moins ma mère en décide-t-elle ainsi ! 

Ainsi vont les âges de la vie ! A cinq ans, le coiffeur puis à sept, l'âge de raison. Viendront ensuite la puberté, la majorité, le service militaire et enfin l'entrée dans la vie active, puis les enfants, le mariage des enfants, les petits-enfants et pour conclure la mort. Il y avait du rituel à mon époque, ça ne rigolait pas !On s'habillait pour prendre l'avion et majoritairement, les gamins allaient en vacances chez leurs grand-parents en Touraine, dans le Poitou ou en Auvergne.

Et me voici donc en compagnie de ma mère dans son salon de coiffure dans lequel elle préfère m'emmener, vu qu'elle en profite pour se faire coiffer aussi. Zou, d'une pierre deux coups, un rendez-vous et deux coupes ! Elle et moi en une fois. Si ça c'est pas de l'organisation ?

La coiffeuse est douce, du moins je n'ai pas de souvenirs désagréables de ces premières aventures capillaires. Si ce n'est que parfois, il y a un monsieur avec une voix atroce assis dans le fauteuil d'à-côté. J'apprendrai bien plus tard qu'il s'agissait d'André Malraux. Oui, je partageai alors le même coiffeur que l'auteur de la Condition humaine et de L'espoir. C'est sans doute pour cela que voici quelques années trois éditeurs m'ont proposé d'écrire un livre. Ils avaient senti que déjà tout jeune, je fréquentais les plus grands. Hélas pour moi, si Malraux a eu le courage d'écrire de vrais livres, il y a fort à parier pour de toute ma vie, je n'écrive jamais que ces minces articles que je vous propose. Il faut dire aussi que Malraux eut uen vie plsu trépidante que la mienne.

Puis mon père, en bon pater familias, décide que le moment est venu de quitter ce coquet salon où je pose mes jeunes fesses sur de charmants sièges de velours rouge qui ont tout du siège curule romain pour affronter le rude monde des hommes. J'ai alors sept ans, l'âge de raison.

Mes aventures capillaires se poursuivent alors chez Raymond l'enculé ; si vous me pardonnez cette vulgarité. Mais Raymond mérite bien cette épithète d'enculé. Tout d'abord, son salon jouxte un commissariat. Chez lui, nulle trace de Louise de Vilmorin ou d'André Malraux. Raymond coiffe les hommes les vrais avec de vrais métiers et seulement les hommes.

On s'y assied sur un vrai fauteuil au piètement métallique, comme chez le dentiste. En face de ce fauteuil de skaï, il y a une glace. Et derrière, il y a une rangée de chaises en moleskine sur lesquels attendant les clients : un vrai décor de cinéma. On s'attendrait presque à voir entrer Jean Gabin et Paul Frankeur. Raymond, vrai coiffeur à l'ancienne, officie en blouse et utilise une vieille tondeuse mécanique. Comme je suis encore petit, j'ai même le droit à un coussin pour me rehausser.

Tout irait bien si seulement Raymond n'était pas le roi des enculés et je pèse mes mots. Non qu'il ait porté atteinte à ma virginité mais simplement qu'il agisse comme un gougnafier avec mes précieux cheveux qui sont à l'époque aussi fins que de la soie, et plus habitués aux douces mains d'une coiffeuse qu'à ses grosses pognes d'ouvrier. Donc, ce salaud plus habitué à coiffer le gros crin d'un Gringeot que mes cheveux d'ange, ne me ménage pas. Il me tire les cheveux et ça me fait mal. Moi, je gueule comme un veau et je finis même par pleurer une ou deux fois. 

Raymond s'en fout ! Il me menace même de m'amener au commissariat cette grosse poucave de coiffeur. Ce salaud me menace carrément de la geôle tout ça parce que je hurle quand il me tire les cheveux ! Fasciste aurais-je du lui crier si j'avais toutefois connu ce terme à cette époque. Mais rien n'y fait, si par la suite je ne pleure plus parce que je grandis, je continue à faire aïe dès qu'il me fait mal et ça a le don de l'énerver. Je bouge tout le temps, de peur qu'il ne me tire les cheveux et cela rend l'exercice de son art difficile. Il me fait mal et je le fais chier, c'est de bonne guerre. Jamais, je ne me soumettrai pas à ce tortionnaire.

Fort heureusement, ce sont les années soixante-dix et les cheveux se portent plutôt longs. Je n'ai donc pas à fréquenter Raymond trop assidument. Je suppose que depuis le temps Raymond a calanché et qu'il a rejoint le paradis des coiffeurs-tortionnaires à l'ancienne. Durant des années, je me suis dit qu'un jour, sans qu'il le sache, je lui trancherais la gorge ou le plomberai pour me venger mais je suis passé à autre chose. Je ne suis pas rancunier. Ceci dit, j'ai bonne mémoire et jamais je n'oublierai Raymond l'enculé.

L'année de mes neuf ans est une fête puisque je suis enfin libéré de Raymond le tortionnaire. J'ai le droit de choisir mon coiffeur. Je suis autonome, j'ai un vélo et je me balade où je veux pourvu que je sois à l'heure pour le diner. Ça tombe bien, un nouveau salon vient d'ouvrir près de la gare et je m'empresse de l'étrenner. C'est une jeune coiffeur qui n'a que quelques années d'expérience, Pierre, qui me prend en charge. On partage des origines italiennes, il est milanais, il a des rouflaquettes, les cheveux un peu longs, des pantalons à pattes d'éléphant  et la passion de la bagnole. Sauf que je suis abonné à L'Auto-Journal et lui à L'Automobile. A l'époque c'était vraiment deux chapelles irréconciliables, L'auto-Journal et L'Automobile, et je dois affirmer que L'Auto-Journal c'était mieux. Mais entre Pierre et moi, ça matche immédiatement.

Il ne me tire pas les cheveux et met vingt minutes, qu'il vente, pleuve ou grêle pour me coiffer. Sur la radio posée devant moi, les tubes de l'année passent. C'est Véronique Sanson qui chante Vancouver ou encore Souchon qui clame qu'il est Bidon. Pierre, c'est un maniaque des horaires. Une fois, je suis arrivé avec à peine dix minutes de retard et je me souviens encore de la soufflante qu'il m'a passée. Chez lui on prend rendez-vous à l'heure, à vingt ou à moins-vingt. Si on arrive en retard, ne fut-ce que de cinq minutes, ça décale tout et ça le rend malade.

Le shampoing-coupe, c'est vingt minutes pas une de plus. Je crois que c'est la seule personne au monde avec qui j'aie été scrupuleusement à l'heure. J'ai appris qu'il était né sous le signe du taureau. Comme moi, un signe de terre, c'est pour ça qu'on s'entendait bien comme avec Le Gringeot. Comme je le dis toujours, le taureau c'est comme un capricorne mais en bien plus volontaire et bien moins intelligent.

Pierre me coiffe donc dans ce salon dont il n'est pas propriétaire. Il a un fixe plus une commission. Le patron n'est jamais là mais toujours dans le rade d'à-côté en train de jouer au billard. Dix années se passent, de 1976 à 1986, durant lesquelles je fréquenterai ce salon. Puis le patron lassé de son métier qu'il n’exerce pourtant que rarement décide de vendre son salon pour aller faire de l'immobilier. Pierre travaillera à peine un an avec les nouveaux patrons avec qui il ne s'entend pas avant de changer de salon. Comme environ 95% de sa clientèle, je décide de le suivre.

Entre 1987 et 1989, on changera ainsi deux autres fois de salon mais je reste fidèle à Pierre comme l'ensemble de sa clientèle. Les modes capillaires passent mais je reste fidèle à Pierre. Puis, c'est l'année 1989. La France fête le bicentenaire de la révolution tandis que Kaoma chante La lambada et Pierre s'offre enfin son propre salon de coiffure avec un nom assez bizarre comme en ont toujours les salons de coiffure.

Puis de 1989 jusqu'à maintenant, je fréquenterai le salon de coiffure de Pierre. Tous les vendredis, après déjeuner, vers quinze heures j'aurai rendez-vous avec Pierre. Les années passent mais je reste fidèle à mon salon. Je ne lui ferai que deux fois une infidélité. La première fois en vacances dans le sud de la France parce que j'avais oublié de prendre rendez-vous avant de partir. La seconde fois, en allant à un rendez-vous professionnel. Trouvant mes cheveux un peu longs et décidé à faire bonne impression, je vais dans une chaine où l'on me prend immédiatement.

Sinon de 1986 à 2016, soit durant quarante années, j'aurais eu mon rendez-vous hebdomadaire avec Pierre sauf ces deux fois.

Et voici que le mois dernier, Pierre m'annonce que c'est la dernière fois qu'il me coiffe. Je crois à une blague. Mais je sais que c'est faux puisque cela fait au moins deux ans qu'il me dit qu'il va prendre sa retraite. Mais bon, deux ans c'est long. Incapable de faire mon deuil de mon coiffeur favori, je suis en plein déni. Pierre me parle retraite et moi je m'en tape, je joue ma belle indifférente, comme une gamine hystérique je fuis le réel.


L'année passée, en plus de ses projets qu'il compte mettre en œuvre pour sa retraite, il m'a parlé de ses péripéties pour la vente de son salon. Je parle, je discute mais encore une fois, tout ça c'est loin. C'est comme lorsque j'étais petit, à la fin des vacances. Il fallait vraiment que je monte en voiture pour rentrer chez moi pour que j'y croie. Sinon, jusqu'à la fin je restais en vacances, jusqu'à la dernière minute.

Le deuil chez moi, c'est un truc difficile, c'est pour cela que je suis toujours en retard. J'ai beau me lever à l'heure ou être prêt à l'heure, rien n'y fait. Partir c'est mourir un peu écrit le poète Haraucourt et c'est une évidence pour moi. Quitter un endroit pour un autre, c'est pour moi toujours difficile, que ce soit ma maison le matin ou mon cabinet le soir. J'ai un côté moule ou huitre, j'ai besoin d'attaches.

Ce week-end j'en parlais à un bon pote qui vit dans la maison que lui a léguée son père et qui se réjouissait de l'ouverture d'une maison de retraite à deux rues de chez lui ; ça le rassurait de savoir qu'il pourrait mourir à côté de l'endroit où il a toujours vécu. Moi je lui ai répondu que j'étais bien plus aventurier que lui puisque je vivais tout de même à deux-cent mètres de la maison de mon enfance.

Ceci dit, je suis comme lui, le changement c'est pas pour moi. La définition du bonheur pour moi ce sont deux jolis points par lesquels passe une et une seule droite ! Et tant mieux bien sur si cette droite est ascendante. Quand on me demande si ça va ou quoi de neuf, je réponds rien du tout ce qui est pour moi la quintessence du bonheur. Qu'aujourd'hui ressemble à hier et demain à aujourd'hui et me voici heureux !

Autant vous dire que Pierre avec ses histoires de retraite et de vente de son salon n'avait pas trouvé une oreille attentive ou compatissante en m'en parlant. Pour moi, j'étais sur qu'on mourrait à peu près le même jour ce qui m'aurait dispensé de trouver un nouveau coiffeur vu que celui-ci me convenait. Hélas, après quarante-quatre ans de travail, ce fainéant de Pierre a décidé de prendre sa retraite et me voici seul sur le carreau.

Alors, il y a eu la dernière coupe. C'était en juin. Pierre m'a dit que le salon était vendu que le nouveau propriétaire ferait des travaux pour rouvrir en septembre. Ma gorge s'est serrée mais je n'ai rien dit. Lui, il s'en foutait un peu, imaginant déjà sa retraite dorée dans le sud sans se soucier une seule seconde de mon avenir capillaire. Il se voyait déjà aider sa fille installée comme fleuriste et s'occuper de ses petits-enfants. Il était tout à sa joie de cesser son activité. Moi, je faisais bonne figure appuyant chacun de ses dires et feignant de l'envier pour le bon temps qu'il allait prendre. Alors que de vous à moi, la retraite c'est juste l'antichambre de la mort.

Je me suis levé j'ai payé et je suis sorti pour la dernière fois de ce salon. Je me suis retourné et j'ai même fait une photo avec mon Iphone pour immortaliser ce souvenir des jours enfuis, c'est vous dire si je suis crétin parfois. Ce salon, c'était vingt-sept années de ma vie. Pensez que du premier au dernier jour que je l'aurais fréquenté, mon filleul Lapinou aura eu le temps de naître, de passer son bac, de devenir commissaire aux comptes et de se marier. Déjà une belle tranche de vie non ?

Bon fort heureusement, Pierre et moi on se connait suffisamment, vu qu'on s'est fréquentés quarante années durant pour avoir trouvé une solution. Il continuera à me coiffer jusqu'à ce que ses mains soit déformées par l'arthrite. On se démerdera de toute manière, dut-il tenir ses ciseaux entre les dents. Entre nous, c'est à la vie à la mort. La vie m'a suffisamment offert de deuils contre lesquels je ne pouvais rien si ce n'est accepter pour supporter qu'elle m'enlève mon coiffeur.

Alors, je garderai Pierre coute que coute. Voilà c'était ma chronique capillaire. Ça m'a fait du bien de vous parler. La vie n'est pas toujours facile comme vous le savez. Vous le constatez aujourd'hui.


Partir, c'est mourir un peu,
C'est mourir à ce qu'on aime :
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu.
C'est toujours le deuil d'un vœu,
Le dernier vers d'un poème ;
Partir, c'est mourir un peu.
Et l'on part, et c'est un jeu,
Et jusqu'à l'adieu suprême
C'est son âme que l'on sème,
Que l'on sème à chaque adieu...
Partir, c'est mourir un peu.
 
Le Rondel de l'adieu, Seul
Edmond Haraucourt (1856-1941)

27 juin, 2016

Psittaciformes !


Si je n'ai pas écrit c'est que je n'ai pas eu le temps ! Il faut dire qu'en juin, c'était l'anniversaire de mon père qui a décidé de réhabiliter une vieille volière qu'il avait dans son jardin. Et je ne sais pas pourquoi, il a décidé d'y mettre des perruches. Il n'a jamais eu d'oiseaux et ne s'y est jamais intéressé mais le fait est qu'il voulait des perruches qui pour lui sont de petits volatiles colorés et sympathiques qui feront jolis dans son jardin.

Et comme je suis un petit gars malin, je me suis dit que je pourrais lui offrir ces fameuses perruches. Et c'est devenu une énième lubie. Nymphicus, agapornis, cyanoramphus et autres melopsittacus n'ont évidemment presque plus de secrets pour moi. J'ai lu, retenu et aujourd'hui, bien que je ne puisse me dire ornithologue, je peux affirmer que les psittaciformes ont été ma lubie hebdomadaire. 

D'ailleurs pour ceux qui ne le savaient pas, le terme de perruche est un nom vernaculaire désignant un type de perroquets ! Oui, vous ne le saviez peut-être pas mais les perruches ne sont que des perroquets qui ne se distinguent de ces derniers que par la morphologie. Dans l'ordre des Psittaciformes on appelle généralement perroquets les grandes espèces trapues et à queue courte et perruches les plus petites à queue effilées. Pourtant, parmi les perroquets, les Aras, ont une queue effilée démesurée et les Inséparables sont trapus et à queue courte et très petits. C'est donc un peu compliqué mais on s'en fout puisque quoiqu'il en soit, perruches et perroquets sont des psittaciformes. C'est du pareil au même. 

Et c'est là que mes connaissances nouvellement acquises ont été utiles. J'ai offert un couple de calopsittes élégantes (nymphicus hollandicus) à mon père pour étrenner sa nouvelle volière. J'aurais espéré que mon père comprenne que l'équilibre d'une volière était affaire de spécialiste mais non ! Muni de sa carte bleue, il est parti dans une animalerie acheter des oiseaux comme il aurait fait un plateau de fromage ! 

Or s'il on peut mélanger les pâtes cuites et crues, les molles et les dures, sans encourir aucun risque, en termes de psittacidés il n'en va pas de même. Si tous appartiennent à la même famille, tous ne sont pas amis pour autant. A une époque où la discrimination est formellement interdite chez l'être humain, sachez que les perroquets la pratiquent allègrement.

Or mon père a commis le crime des crimes pour tout psittaciphile en achetant des agapornis qui en aucun cas ne doivent être mélangés à des nymphicus. Qu'on se le disent Calopsittes et Inséparables ne font pas bon ménage, les seconds étant beaucoup trop agressifs pour les premiers. Pourquoi ne pas rajouter des psittacula krameri tant qu'on y est ! Mais n'importe quoi ! On croit rêver !

De toute manière, en termes de perroquets, on est souvent déçu. Prenons par exemple les grandes espèces comme le Gris du Gabon, l'Ara qui coûtent très cher. Bien des personnes en achètent sans réaliser que c'est un animal exigeant qui vit très vieux et se révèle très bruyant. Autre problème, les acquéreurs estiment que tout perroquet devrait parler ce qui est une erreur. Seules certaines espèces peuvent parler qu'on se le dise.

Ainsi, j'ai connu une amie qui possédait un perroquet, un splendide Amazone à front jaune qu'elle avait baptisé Alexis car elle était d'origine russe et que c'était le prénom du tsarévitch assassiné par Yakov Yourovski. Bien qu'elle ait tout fait pour lui apprendre à parler ou à faire des tours, rien n'y a fait, Alexis n'a jamais été capable de faire autre chose que de manger, chier dans sa cage et s'occuper de sa femelle. 

La semaine prochaine, on parlera ou plutôt on reparlera du triangle dramatique de Karpman. Mais là, n'étant pas plus inspiré que cela, j'ai préféré parler de perruches.

20 juin, 2016

Interlude !

Marcassin ayant reçu son paquet envoyé par Amazon.
 
Ce soir mon épousé a ouvert la boîte aux lettres et a pris le courrier. Elle l'a trié et m'a tendu une lettre en me disant simplement "tiens c'est pour toi". Elle était adressée à Philippe Marcassin. C'est ma ruse quand je dois me faire envoyer de la documentation sans risquer d'être ennuyé par des relances. Je mets "marcassin". Rusé non ?

Si un jour, je rentre dans la résistance, ce sera mon code. Je deviendrai Commandant Marcassin. Tiens un jour, je me ferai envoyer une lettre au nom de Commandant Marcassin.

Mea culpa !


On papotait un jour durant une séance de cafing. On parlait de jeunesse, de ce qu'on faisait. Quand j'ai pris la parole je me suis souvenu de la mode des sacs US. C'était les années quatre-vingt et on en avait tous un sauf les ploucs qui avaient des cartables à bretelles. La mode de l'époque, c'était d'écrire des conneries dessus. Lesquelles conneries se résumaient le plus souvent à écrire les noms de groupes à la mode de l'époque. Je ne vous dis pas le nombre de sacs US sur lesquels les propriétaires avaient écrit Téléphone, Kiss ou ACDC. C'était l'époque !

Vu que moi je n'ai jamais été fan de quiconque, je serais bien en mal de vous dire ce qu'il y avait d'écrit sur le mien. Peut être rien du tout en fait. Je ne m'en souviens pas. Toujours est-il que jamais je n'aurais mis le nom d'un saltimbanque quelconque sur mon sac. D'ailleurs, je n'ai jamais pris part aux  combats titanesques opposant les fans de Téléphone à ceux de Trust. A l'époque, c'était un peu comme l'opposition entre Beatles et Rolling Stones. De toute manière, moi je suis un gentil garçon alors j'ai toujours préféré les Beatles comme j'ai préféré Téléphone. J'aime bien les bons mélodistes.

Ce dont je me souviens c'est qu'à cette époque, il y avait une émission qui s'appelait Le monde de l'accordéon qui passait sur TF1. C'était l'époque, il y avait encore des gens nés dans les années dix ou vingt qui avaient valsé sur du musette, des couples qui s'étaient rencontrés dans des bals. Alors ils avaient leur émission comme moi, si Dieu me prête vie, j'aurais la mienne, le samedi à midi où un très vieux Jean-Louis Aubert viendra chanter New-York avec toi ou Nikola Sirkis L'aventurier d'une voix chevrotante. Les jeunes sont les vieux d'après-demain.

Nous, comme nous étions des petits cons, on se foutait de la gueule de cette émission. Pensez donc, de l'accordéon, du piano à bretelles, ça nous faisait rigoler. C'était vieux et ringard. On avait la jeunesse, on était l'avenir alors on était prêt à enterrer les vieux avec leur drôle de musique et leurs chanteurs vieillissant. Et puis, tous ces accordéonistes qui jouaient en faisant des sourires de ravis de la crêche, tut habillé de satin et de strass, ça nous amusait vu que nos chanteurs à nous tiraient la gueule en s'habillant de haillons.

Toujours est-il qu'à cette époque, un de nos jeux favoris consistait à piquer le sac Us d'un pote et, usant d'un marqueur, on lui ruinait en écrivant dessus le nom de ces accordéonistes. Et le pauvre gars repartait chez lui en métro le sac US constellé de noms désuets comme Yvette Horner, Joss Baselli, Aimable ou encore André Verchuren. Ils nous faisaient bien rigoler tous ces fils de prolos du Nord avec leurs mines réjouies et leurs doigts boudinés qui couraient sur les boutons de nacre de leur instrument rital ou boche.

Et puis un jour que je glandouillais sur le Net, lassé de voir des combats de femmes sur Youtube, je me suis remémoré cette discussion et j'ai voulu savoir qui étaient ces gloires déchues dont je m'étais tant moqué étant jeune. Aucun CV ne m'a vraiment marqué si ce n'est que tous, sans exception était des musiciens remarquables. Pourtant l'un deux, belge d'origine, a retenu mon attention. A l'époque où on nous vend du rappeur au kilomètre, du crétin engagé, de l'artistocrate ou du mutin de Panurge comme aurait dit le regretté Philippe Muray, l'un d'eux a retenu mon attention. Il s'agit d'André Verchuren. Lisez son CV et vous m'en direz des nouvelles.

Pauvre Dédé, on n'y connaissait rien, on se foutait de ta gueule. On était jeunes, on était cons. On n'en savait rien de ta gloire et de tes médailles, de tes faits d'armes et de ton héroïsme. On ne se doutait pas qu'à seulement vingt-quatre ans t'avais été capable de chanter la Marseillaise face à des SS. Nous on nous avait farci la tête avec des faux exploits, ceux de petits bourgeois jetant des pavés sur des CRS en mai 1968. On ne se doutait pas que les vrais héros sont modestes et qu'une fois leurs coups d'éclat passés, ils reprennent le cours de leur vie. Et aujourd'hui, on célèbre un Black M ! 

Et puisque Verchuren était capricorne, que cet article est rédigé par un capricorne, concluons par un autre capricorne :

O tempora o mores !

Cicéron, Catilinaires


Bon sens !

Saviez-vous que je rêvais parfois de mes patients !? Oh rassurez-vous, il s'agit de rêves bien sérieux et non de coquineries ! Non mais ! Je suis un gars sérieux moi ! Le fait est que finalement, je bosse tout le temps parce que je pense tout le temps. Et sous mes dehors légers, je prends très à cœur ma mission. Si je devais facturer à l'heure mes patients, j'en aurais ruiné plus d'un ! C'est ainsi, je suis né comme ça.

Tenez puisque j'en suis à me confier, saviez-vous qu'une nuit, je me suis réveillé en pensant à l'un de mes patients qui venait de rencontrer une gonzesse qu'il m'avait présentée. Justement, le jour où je l'avais vue, même si je l'avais estimée brillante et plutôt sympa, quelque chose m'avait gêné, un petit truc que j'étais incapable de définir. Et puis sans doute que j'avais mis  tout cela dans un coin de ma tête, confié le problème à un bout de mon cerveau afin d'avoir le fin mot de l'histoire. Et voilà qu'une nuit, paf, j'avais eu une illumination. Je m'étais réveillé en pensant au patient en me disant qu'il allait se casser la figure avec cette donzelle ! La semaine suivante, je lui fournissais le fruit de mes cogitations. 

Dernièrement, c'est un autre patient qui m'inquiétait. C'est un X, autant vous dire pas la moitié d'un imbécile. Sauf qu'il a un projet d'entreprise qui me gêne un peu. Je n'aurais pas su dire pourquoi vu que c'est un domaine auquel je ne comprends pas grand chose même si, en toute modestie, ne rien comprendre à quelque chose ne me ressemble pas. Je ne maîtrise pas totalement le truc devrais-je dire. Je comprends ce qu'il veut faire, mais je trouve cela flou. Là encore, j'ai l'impression qu'il manque soit un truc, soit qu'il y a un truc en trop.

De mon point de vue, si son projet semble abouti, je trouve qu'il s'aveugle un peu, comme s'il voulait prouver à la face du monde qu'il a raison. Je l'ai écouté semaine après semaine me raconter son truc. J'ai bouffé de la donnée, j'ai trituré et malaxé. Et en bout de chaîne, je n'avais pas de solution sauf que ma petite voix me disait qu'un truc merdait. J'ai fini par en rêver? Si, je vous l'assure ! Alors, j'ai fait ni une ni deux, j'ai appelé Vincent la Machine.

Vincent la Machine, c'est un de mes patients, un putain d'expert-comptable qui sait tout et connait tout sur son sujet. Il est incollable et a une faculté de concentration exceptionnelle. Même qu'une fois, j'ai joué avec lui. Mon épouse me soumettait un problème qu'en tant qu'ancien juriste j'aurais du savoir traiter. Sauf que j'avais la flemme. Alors, je lui ai dit de m'envoyer son problème par SMS. Ensuite, j'ai copié/collé ce SMS et l'ai envoyé à Vincent la Machine en expliquant à mon épouse que j'étais persuadé que j'aurais la réponse en moins de dix minutes. Ça n'a pas raté ! Vincent la Machine m'a répondu en sept minutes montre en main  ! Je ne vous parle même pas de la réponse ! Vingt lignes de SMS avec les articles et les renvois au mémento Francis Lefebvre.

Une autre fois, c'est un ami à moi, un vieux psychiatre qui avait des problèmes juridiques assez complexes. Je l'ai rassuré et puis je lui ai dit que je lui envoyais Vincent la Machine. Il s'est pointé un samedi matin vers dix heures et à douze heures trente il avait retraité toute la compta du psychiatre et tout remis en ordre. Mon ami était sur le cul. Pourtant ça fait près de soixante ans qu'il est psychiatre et il en a vu des gens étranges mais pas des comme Vincent la Machine. 

Il m'a dit qu'il n'avait jamais vu une telle capacité de concentration. Moi, je suis blasé, comme je lui ai expliqué, je suis entraineur de chevaux de course alors dans mon cabinet, je ne les compte même plus les gens hors du commun. Y'en a de très intelligents comme les X, Mines et autres centraliens que je collectionne par dizaines, y'en a des très très riches comme Le Touffier dont la légende dit qu'il possèderait la moitié du Mans et les trois quarts de la Sarthe. Mais, je crois que le meilleur d'entre tous, celui qui m'étonnera toujours, ça reste tout de même Jean Sablon, le mec qui réussit à vivre dans le sixième arrondissement tout en voyageant dans le monde entier sans travailler. Il a le train de vie de deux X et de trois centraliens sans fournir une calorie d'effort. Ce mec c'est ITER à lui tout seul, il crée à partir de rien ou presque. Et en plus il a la classe à l'ancienne façon Engelbert Humperdinck. Alors lui putain, on aimerait tout connaitre son secret !

Toujours est-il qu'ayant un doute au sujet du projet de mon patient de l'X, j'ai appelé Vincent la Machine. Je lui ai fourgué toutes les données et en deux minutes, il a rendu son verdict en me disant que le projet n'était pas viable et en m'en donnant les raisons. C'est ce que j'augurais avec moins de précisions étant donné que je ne suis pas expert-comptable ! Ce mec est un tueur et moi un malin.

Voilà donc que je revois mon petit gars de l'X et que je lui dis tout ce que je pense de son projet. Je parle, j'argumente, je fais un discours construit en n'omettant pas de citer l'aide apportée par Vincent la Machine parce que je ne suis pas du genre à profiter d'autrui sans le créditer au générique ! Bref, je lui dis en gros que son projet n'est qu'une manière détournée de prouver au monde qu'il a raison mais que dans les faits, je n'y crois pas.

Et mon gars de l'X qui rappelons-le n'est pas la moitié d'un imbécile puisqu'il a fait l'X bien sur mais qu'en plus il fait partie de ma clientèle, me répond que voici quelques jours il a lu un article d'un bloguer américain qui disait un truc intéressant. Mon X il adore ce qui vient des States, c'est son truc à lui. Si y'a pas du franglais et si ça ne vient pas de la Silicon Valley, il se méfie. Chacun son truc. Toujours-est-il que son blogueur américain, qui a fondé des jeunes pousses, disait justement qu'en affaires on devait se demander si on voulait avoir raison ou avoir du succès. Et que c'était là son problème. Qu'il avait sans doute voulu avoir raison à tout prix !

J'ai bien aimé cette formule "avoir raison ou avoir du succès" alors j'en ai parlé à Harry Potter, un petit gars à lunettes toujours tiré à quatre épingles, un ancien patient à moi avec qui j'ai pris un café. Il se trouve qu'en plus de ses activités professionnelles, il œuvre aussi aux Narcotiques Anonymes, vu qu'à une époque il a pris plein de trucs dans les narines, dans les poumons et dans les veines. Et là, il m'a dit qu'aux N.A. justement ils avaient une formule, pour ceux qui hésitaient encore à arrêter la dope, qui ressemblait trait pour trait à celle dont je venais de lui faire part. Et cette formule, c'est :

"Soit tu sauves ta face, soit tu sauves tes fesses"

Intelligence !

Dès l'âge d'un an, Le Touffier donnait des conférences !
 
Mon Dieu, on ne me parle que de ça, on sort tout un tas de livres sur le sujet : l'intelligence. Et plus je lis d'ouvrages qui y sont consacrés, moins je la perçois. J'ai beau dire que je m'aperçois tout de suite si quelqu'un est surdoué ou non, j'en perds mon latin, tellement mon radar est pollué de considérations oiseuses sur le sujet, produites par des auteurs qui parlent vraisemblablement de ce qu'ils ne connaissent pas. 

J'ai ainsi acquis vers la période de Noël, deux livres sur le sujet et je ne suis pas parvenu à les terminer. Le premier m'a lassé vers le milieu tellement il était mal rédigé, dans un style épais et pénible. Quant au second, la quatrième de couverture m'a tellement ennuyé que je ne fait que le parcourir avant de le laisser choir sur une pile avec d'autres rebuts de la littérature.

Quant aux forums dédiés à ce sujet que j'ai pu visiter, je n'ai pas été emballé. D'ailleurs, j'ai noté que le plus connu de ces forums était un endroit sur lequel les surdoués étaient en nombre moindre que dans la population générale. C'est vrai quoi, si vous êtes surdoué, pourquoi aller perdre son temps en de tels lieux alors qu'il est possible de le perdre ailleurs.

Et voici que mercredi dernier, c'est au cours d'une conversation avec Le Touffier, que j'ai eu la révélation. Il faut dire que lui, la douance, ça lui parle. Il écrit même sur un site réservé aux surdoués, c'est vous dire si il est intelligent ! Moi, je ne suis pas assez intelligent pour y écrire et de toute manière, je n'aime pas les groupes alors j'écris ici.

Cela arrive souvent qu'on me vante l'intelligence d'untel ou d'un autre. Généralement, il s'agit de bêtes à concours. Des ingénieurs, des diplômés de sups de co', d'IEP ou que sais-je encore. Généralement, si je les trouve intelligents, je ne peux pas non plus dire que je sois esbaudi par leurs performances. Habituellement, assez rapidement, je parviens à décrypter l’algorithme qui rythme leurs pensées et leurs prises de positions comme un géographe le ferait d'une terre nouvellement abordée.

Je me demande d'ailleurs pourquoi je trouve plutôt convenus et finalement assez légers des gens que le système me vend comme géniaux. A moins que ces gens ne soient pas aussi intelligents qu'on ne le dise ou bien que je sois bien trop stupide pour les apprécier à leur juste valeur. De la même manière que la cigarette a gâté mon palais au point de ne pas apprécier les saveurs d'un trois étoiles du Michelin, la fréquentation assidue de Jean Sablon a du gâter ma sensibilité au point que je ne sache pas reconnaitre un surdoué quand j'en croise un !

Prenons Alain Juppé par exemple. Qui peut croire que ce type, malgré tous ses diplômes que je n'ai pas, soit surdoué ? A moins qu'on ne juge la douance aux diplômes ? Je ne pense pas. Du moins, en termes de diplôme j'en reste à la fameuse définition du concours que donnait Detoeuf.
Les concours, comme l'affirmait le fondateur d'Alsthom (et polytechnicien de formation), ne serviraient-ils qu'à sélectionner les volontés et harmoniser les médiocrités ? C'est fort possible. D'ailleurs comme l'affirmait un de mes patients ingénieurs très récemment, au concours il n'a eu que des problèmes pour lesquels il avait été formé en Maths sup et spé. ll n'y a pas vu une grande épreuve d'intelligence et ce n'est que par la suite en se confrontant à la vie qu'il a conçu que les vrais problèmes étaient ceux pour lesquels on n'était pas préparé.

Toujours est-il que je devisais ainsi de l'intelligence avec mon vieux compagnon Le Touffier quand j'eus une illumination. Ce que l'on nous vend trop souvent comme de l'intelligence, du jus de cerveau concentré et de la douance, ne serait-ce pas en définitive uniquement de la capacité de mémorisation et de traitement de l'information ? Hein dites moi ?

Je pense que toutes ces années on a voulu m'abuser en me présentant comme surdoués des gens qui ne disposaient en tout et pour tout que d'une phénoménale capacité de mémorisation et de traitement de l'information : des machines en somme ! De bons gros ordinateurs tout juste bons à impressionner le quidam mais certainement pas ceux qui voient plus loin que le bout de leur nez.

Nous en étions là de nos réflexions quand Le Touffier m'expliqua qu'il était d'accord mais qu'à son idée, l'intelligence devait se nicher dans la faculté à observer. Bien dit l'ami ! Effectivement si l'on a de grandes capacités de mémorisation encore faut-il avoir des données à stocker. Et ces données ne peuvent être issues que de l'observation et je dirais même de la faculté à discriminer ces informations. Parce que trop souvent je suis confronté à des gens qui insistent sur le superflu en oubliant l'essentiel.

Mais, rajoutai-je aussitôt, encore faut une fois ces données mémorisées puis traitées, savoir ce que l'on en fait. Et c'est souvent là que le bât blesse. A l'autre bout, effectivement se trouve l'action. On a observé, discriminé, mémorise puis traité les informations et maintenant on en fait quoi ? Un dossier que l'on amène au chef ? Un autre dossier dont on dit que c'est bien trop complexe pour qu'il existe une solution simple ? C'est généralement ce qui se passe avec ces faux surdoués. On classe, on trie, on traite et on compile et puis l'on parle de la compilation comme s'il s'agissait d'une fin en soi alors que ce n'est qu'un classement. De toute manière, chaque fois que j'ai entendu quelqu'un me dire que c'était trop compliqué d'un air docte, j'ai su que j'avais à faire à un imbécile pompeux. Quand on est intelligent, on agit ou pas, mais on ne tergiverse pas.

Donc si l'on résume le fruit de notre discussion avec Le Touffier, on a au centre des capacités de mémorisation et de traitement de l'information que l'on confond trop souvent avec l'intelligence mais que l'on sait en revanche parfaitement sélectionner puisque ce sont des fonctions purement quantitatives. Pour qu'il y ait intelligence, il faut à un bout observer et discriminer pour traiter les bonnes informations puis à l'autre bout offrir une réponse adaptée une fois le traitement desdites informations opéré.

Bref, ceux qui parlent, fut-ce savamment en employant des mots compliqués sont soit des cuistres, des crétins ou des escrocs. Ceux qui traitent un problème en le restituant sous une forme encore plus compliquée sont aussi soit des cuistres, soit des crétins ou encore des escrocs. L'intelligence c'est simplement répondre de manière adaptée à n'importe quel problème.

Je crois que je ne finirai jamais ces livres sur la douance. 

On reconnait l'arbre à ses fruits
Mathieu 7-16

06 juin, 2016

Les femmes au travail !

 Cannes 2016 mais pas au boulot !


C'est une patiente que j'ai reçue voici déjà quelques temps qui m'explique sa mésaventure. La pauvrette a fort mal vécu le fait d'avoir été remerciée d'une mission pour "insuffisance professionnelle" alors que de son point de vue fait, elle avait été plus que performante dans le poste qu'elle occupait. D'ailleurs, ayant fort mal pris la chose, ça n'a pas fait ni une ni deux, elle a collé son ex-employeur aux Prud'hommes et elle a gagné !

N'empêche que l'argent n'apaise pas toutes les douleurs et que depuis, ma patiente vit dans la peur que cela lui arrive de nouveau. Elle redoute qu'on la vire encore pour des motifs spécieux. C'est devenu une sorte de phobie. N'ayant pas compris les motifs de son éviction, elle redoute que cela lui arrive de nouveau. Depuis elle vit comme les petits chiens de l'expérience de Seligman ; elle a appris l'impuissance ! Quoi qu'elle fasse, elle a peur que le couperet ne tombe ! Elle redoute que ses compétences et efforts réels pour assumer ses tâches ne soient pas prises en compte et de faire les frais d'un renvoi soudain, sans motif réel et sérieux. Elle craint le fait du prince, le renvoi purement potestatif.

Que s'est-il passé pour qu'elle ait vécu cela ? Elle n'en sait rien. Pour elle, c'était une mission de conseil comme une autre, comme tous les ingénieurs les connaissent, rien de plus, ni pire, ni meilleure et certainement pas plus compliquée que celles auxquelles elle était habituée. C'est là que ma sagacité légendaire entre en jeux ! Puisque je suis payé pour être sagace.

Si je reste persuadé que ses capacités ou son travail ne sont pas à remettre en cause, pour quel motif aurait-on voulu se débarrasser d'elle, arguant pour cela de motifs fallacieux, allant jusqu'à inventer une "insuffisance professionnelle" ? C'est en l'observant que je pense avoir trouvé la solution.

Pour son jeune âge, une grosse vingtaine d'années elle fait très "dame". Ce n'est pas une critique mais un fait. Tandis que la plupart des femmes aiment à se rajeunir, frisant parfois le ridicule, notamment ces quinquagénaires jouant aux minettes, cette patiente assume son statut de grande bourgeoise. Elle gagne de l'argent et n'a pas peur de le faire savoir.

Je suis sur que si on autorisait encore le massacre de différentes espèces, elle aurait un manteau en léopard. C'est très joli le léopard. Effectivement, elle n'hésite pas à envoyer haut les couleurs. Madame tient son rang. D'ailleurs elle me regarde parfois comme la jeuen dame du château regarderait son palefrenier. Je me dis que j'aurais du sortir le costard et porter ma Rolex. Ma Casio à 29€ ne doit pas faire très sérieux.

D'où je suis, je distingue nettement le solitaire qu'elle porte à une main. Je crois aussi voir une bague de chez Mauboussin et peut-être même une Tank de chez Cartier. Je n'en suis pas sur et je ne vais pas mater comme un fou pur faire l'inventaire de la joncaille de la dame ! Imaginez bien que si même moi, le gros plouc, j'ai eu l'oeil pour voir toute la quincaillerie , une autre femme l'aurait de suite vu et même estimée !

Je lui demande alors si la mission qui lui a causé du souci s'est opérée dans un milieu féminin. Elle acquiesce. Je lui demande ensuite, si la par le plus grand des hasards, son supérieur lors de cette mission, n'était pas en fait une supérieure. Et si par un autre concours de circonstances, ladite supérieure n'était pas une femme falote voire moche proche de la retraite. Effectivement, me répond-t-elle, sa supérieure était une quinquagénaire falote un peu paumée. Elle l'a jugée plutôt agréable quoiqu'à la réflexion, il lui a semblé que parfois elle pouvait se montrer désagréable sans qu'elle n'en devine les raisons.

Je poursuis mon travail façon Sherlock Holmes et lui demande si ladite supérieure était aussi "élégante" qu'elle. Certes non, me dit-elle ! La supérieure était plutôt du genre gilets informes et peu soignée. Hmm, fais-je alors comme seuls savent le faire vraiment mes confrères psychanalystes voulant marquer le fait qu'ils écoutent leur patient sans pour autant prendre partie.

J'explique alors à la jeune dame qu'à mon sens, c'est juste une crise de jalousie de la supérieure envers elle. Je ne doute pas que professionnellement elle ait fait tout son possible mais parfois dans un milieu très féminin, il faut s'attendre à voir se manifester des comportements qui semblent incohérents alors qu'ils ne le sont pas. C'est la revanche de la "vieille moche" sur la "jeune belle", de la "pauvresse" sur la "riche", c'est d'un classique à toute épreuve.

Ça ne devrait pas avoir lieu dans le milieu du travail mais cela existe. On appelle cela la compétition sexuelle. Et si on l'observe souvent entre mâles à grands renforts de vannes sonores voire de coups bien portés, elle existe aussi chez les femelles mais elle est plus ténue et plus vicieuse. C'est toute la subjectivité humaine au travail. On pense qu'on va œuvrer dans un milieu asexué unifié par les seuls compétences et voici que les hormones s'en mêlent. Les théories fumeuses en tous genres et a culture d'entreprise nous embrouillent : les hormones font la loi !

Je lui fais alors part de mes observations concernant ses bijoux. Elle s'emporte et me dit qu'elle fait ce qu'elle veut de son argent. Je la rassure en lui expliquant que je suis un grand libéral mais que parfois, et justement dans le milieu professionnel, et surtout s'il est féminin, on ne fait pas ce que l'on veut mais ce que l'on doit. Parce que parfois, on aura à faire à de la jalousie, à de la rancœur. Je lui explique alors que la sagesse veut qu'on arrive alors sur le lieu de travail en étant un degré moins apprêtée que sa supérieure. La sagesse commande !

De mauvaise grâce elle admet que j'ai raison et qu'elle a pu sentir une forme de jalousie voire de mesquinerie de la part de sa supérieure. Mais elle était persuadée que s'agissant d'un travail, le bon sens l'emporterait et non le fait qu'elle porte un solitaire dont sa supérieure soit jalouse. Ratée jolie petite dame ! On sort pour aller en soirée ou à l'opéra, mais on se fait discrète au travail. Tout fin observateur de la gent féminine a déjà pu constater les vannes que les femmes peuvent s'envoyer entre elles !

Tenez voici quelques années, tandis que je parlais d'une patiente commune à son médecin, femme elle aussi, qui avait oublié son  nom, je tentais de la lui décrire. Je lui expliquai alors que notre patiente en question était une jolie blonde aux yeux bleus. Je vis alors le médecin ouvrir de grands yeux et me répondre qu'elle voyait parfaitement de qui il s'agissait. Puis, elle me dit : oui effectivement, elle a de très jolis yeux mais qu'est-ce qu'elle est moche, elle a une peau atroce ! Effectivement j'avais gaffé, on ne parle pas d'une femme à une autre, fut-elle médecin, en lui disant qu'elle est jolie sous peine de voir poindre sa jalousie.

Il n'y a que les vieux poivrots comme Renaud pour voir en les femmes, de douces créatures. C'est d'ailleurs toute la finesse de ces diaboliques que d'être parvenues à se faire passer pour de douces colombes alors qu'elles en remontreraient au pire des vautours. Comme me le serinait souvent Laurence, de sa voix basse en me fixant de ses yeux gris, du temps où elle collaborait à ce blog : méfie toi toujours de la duplicité des femmes.

J'attire d'ailleurs l'attention des plus glandeurs de mes lecteurs ayant le temps de regarder des choses idiotes l'après-midi sur l'émission "Les reines du shopping", au cours de laquelle cinq femmes sont mises en compétition pour savoir qui sera la plus coquette, pour constater que parfois les femmes sont des hyènes entre elles ! Qu'une soit plus belle, plus joliment apprêtée, qu'elle fasse des manières et voici que toutes les autres se jetteront sur elle ! On ne félicitera jamais assez Cristina Cordula pour l’excellente vulgarisation de la sociologie qu'elle fait.

C'est ainsi, c'est la vie. Ça ne devrait pas exister au travail, monde froid où seules les compétences sont prises en compte. Mais ce n'est pas demain la veille qu'on parviendra à faire taire les hormones.

Plaute nous enseigne que l'homme est loup pour l'homme, et moi je vous assure que pareillement, la femme est une hyène pour la femme !

Mulier, mulieris hyaena est !